Des voix, des usages, des trajectoires : habitants et praticiens racontent Ivry Confluences
Le changement au quotidien : regards croisés
Sur le terrain, le renouvellement urbain prend toujours un visage humain. Pour Monique, habitante depuis 40 ans, “ce quartier, c’est déjà un autre Ivry : il y a des familles venues d’ailleurs, tout est plus ouvert, mais il y a le risque de perdre un peu du village d’avant”. Karim, agent de la voirie, note que “le flux de camions et de grues a beaucoup pesé, mais les nouveaux parcs, c’est une petite respiration.”
Côté commerce, Cyril, boulanger sur l’avenue Maurice-Thorez, observe depuis trois ans l’arrivée d’une nouvelle clientèle : “On vend plus de café et de salades à emporter à midi, il y a aussi plus d’étudiants et de cadres.”
Architectes, élus, associations, praticiens du social… tous témoignent de la complexité de la mutation, entre enthousiasme pour les nouveaux équipements (crèche Confluences, gymnase Jacques Monod, bibliothèque située dans l’ancienne halle industrielle) et incertitude sur la capacité du quartier à tenir sa promesse inclusive.
La mémoire en chantier : culture industrielle, luttes et patrimoine
Depuis 2017, la Ville soutient un programme de valorisation du patrimoine industriel, associant artistes, historiens locaux et écoles. Des fresques murales sur les anciens murs de papeteries, des parcours “mémoire ouvrière” (initiés par la Maison de quartier du Port) et une collection de témoignages filmés (diffusés par Via le Grand Paris TV) donnent voix aux anciens d’Ivry. Cette mise en récit collective s’inscrit dans une volonté de ne pas réduire la mutation à une simple opération immobilière, mais à en faire, pour reprendre les mots de la maire Philippe Bouyssou (2022), “le laboratoire social de demain, dans la métropole de Paris.”