Derrière les clichés : un projet urbain, social et politique majeur
À la racine, le parc Georges-Valbon s’inscrit dans une fresque historique tendue entre utopie urbaine, nécessité sociale et volonté politique. Au mitan du XXe siècle, alors que les grands ensembles surgissent de terre, la Seine-Saint-Denis manque cruellement de parcs (à peine 3 m²/habitant contre plus de 20 à Paris). Sous l’impulsion de Jacques Chirac, alors Premier ministre, et de Paul Delouvrier, préfet visionnaire, la région se dote en 1969 d’un parc « à l’anglaise », imaginé par les architectes-l paysagistes Albert and Jean-François Hébrard, puis multipliant les prairies, les étangs, les arbres d’essences variées.
Symbole d’une politique de « justice spatiale » (tenter de donner aux habitants de la banlieue l’accès à la nature encore essentiellement réservé au centre et à l’ouest parisien), le parc réaffirme aujourd’hui son rôle : respiration pour des quartiers parmi les plus denses et jeunes du pays, mais aussi lieu de brassage improbable, où se croisent joggeurs matinaux, familles venue de tout le 93, étudiants ou passionnés d’oiseaux rares.
L’escale invisible d’un Grand Paris en mouvement
- Accessibilité : Une bonne partie du paradoxe réside là. Le parc, cerné par l’A1, l’A86, la RN2, reste relativement enclavé : une seule station de métro à proximité (La Courneuve-8 mai 1945, ligne 7, à 15min à pied), travaux du Grand Paris Express en cours, lignes de bus partiellement adaptées, peu de fléchage à l’échelle métropolitaine. D’où une fréquentation moindre qu’attendue, et le sentiment d’un lieu « réservé » aux habitants proches.
- Image : L’histoire de la Seine-Saint-Denis — stigmatisée, caricaturée — rejaillit sur le parc, invisibilisant la diversité de ses usagers et l’ambition de ses aménageurs. Un non-lieu dans les guides touristiques, parfois même dans les récits métropolitains.