Clichy-Batignolles : voyage au cœur d'une ville durable en construction

Via le Grand Paris TV

Un quartier né de la volonté de réinventer Paris

Clichy-Batignolles, c’est avant tout un défi lancé à la capitale au début des années 2000 : comment transformer une zone largement délaissée en modèle d’écoquartier attractif ? Sous la houlette de la Ville de Paris et de la SEMAPA, l’aménagement du site s’inscrit dans le Grand Paris. L’objectif est ambitieux : créer, sur l’ancienne emprise ferroviaire de la SNCF, un espace vivant, mixte et résolument écologique, capable de répondre à la double exigence de densité urbaine et de qualité de vie.

Le quartier a même été retenu comme site pilote du plan climat de la Ville de Paris dès 2007, bien avant l’engouement massif autour des écoquartiers. Il fixe un objectif : -50 % d’émissions de gaz à effet de serre par rapport à la moyenne parisienne pour cette nouvelle pièce de ville. (Source : Paris.fr, Le Monde, 2016)

De l’air, de l’eau, du végétal : une ville qui respire

Le poumon vert, c’est le Parc Martin Luther King, l’un des plus grands nés à Paris depuis un demi-siècle. Filez un samedi matin et observez les joggeurs longer ses noues, les familles se presser autour des jeux d’eau ou les employés des bureaux voisins déjeuner les pieds dans l’herbe. Ce parc va bien au-delà du simple jardin :

Cette volonté de retrouver la nature en ville s’inscrit dans chaque parcelle du quartier — jusqu’aux toits végétalisés, et aux cours des écoles où poussent arbres fruitiers et potagers. La densité de la canopée urbaine devrait poursuivre sa progression jusqu’en 2030 avec 700 nouveaux arbres annoncés (source : Ville de Paris, 2024).

Mobilité douce : ici, la voiture s’efface

Rien de plus frappant, à Clichy-Batignolles, que cette impression de calme, rare dans une capitale survoltée. La raison ? L’automobile y joue les figurantes — et ce n’est pas un hasard :

L’accès au périphérique (la Porte de Clichy le borde à l’ouest), est volontairement “filtré” pour éviter le transit automobile. L’effet “zone 30”, omniprésent ici, pousse à changer d’habitude et participe à la tranquillité auditive du secteur (niveaux de bruit inférieurs de 3 à 5 dB par rapport à la moyenne parisienne, selon Bruitparif, 2022).

Architecture, énergie, matériaux : le pari du durable

Clichy-Batignolles, c’est un front bâti foisonnant, signé par des références de l’architecture contemporaine : Christian de Portzamparc, TVK, François Leclercq. Les bâtiments se démarquent par leur silhouette fragmentée, leur façade en béton blanc, leurs halls ouverts et le refus du “mur aveugle” sur rue.

L’effet vertical de certains ensembles (jusqu’à 50 m, comme pour la tour de logements de TVK) a fait débat, mais il est concrètement le prix de la densité assumée ici, pour économiser le foncier tout en ouvrant le quartier sur l’extérieur.

Mixité, usages et solidarité : un village hyper urbain

Derrière l’étiquette “écoquartier”, Clichy-Batignolles a construit une identité sociale solide, fondée sur le brassage et la multiplicité des fonctions. Ce n’est pas un “quartier vert dortoir” pour familles CSP+, mais bien un morceau de Paris, ouvert à la diversité et à l’atypique.

L’ensemble a d’ailleurs vu sa population se diversifier au fil des ans, comme l’atteste le taux d’enfants boursiers en école primaire (plus de 35 % en 2023, contre moins de 20 % en moyenne dans le 17e, source : DEPP, Ministère de l’Éducation nationale), ou la mixité professionnelle des nouveaux habitants.

Un urbanisme en mouvement, à l’écoute des habitants

Si Clichy-Batignolles fonctionne, c’est aussi grâce à l’attention portée à l’usage quotidien et à la concertation. Ici, l’expérimentation ne s’arrête pas à l’inauguration : le quartier évolue au gré des retours, des ateliers participatifs, de la vie associative très présente.

On y croise le collectif des riverains du parc, à l’origine de la charte anti-pesticides des espaces verts, ou encore des ateliers de yoga sur pelouse où se mêlent jeunes actifs, retraités et employés des entreprises du secteur.

Un modèle qui inspire… et interroge

Clichy-Batignolles n’est pas un projet sans critiques : densité jugée parfois excessive, offre commerciale à étoffer, prix du mètre carré élevé depuis quelques années dans sa partie neuve (plus de 11 000 €/m2 en 2024 selon SeLoger). Les observateurs notent cependant que le quartier, en moins de deux décennies, est devenu un creuset d’innovations, dont beaucoup essaiment ailleurs dans le Grand Paris ou au-delà :

Reste la question de la résilience à long terme : accès au logement abordable, résistance aux vagues de chaleur urbaines, évolutivité des espaces communs… Le quartier poursuit sa mue, scruté par les métropoles françaises comme étrangères (Délégation norvégienne au développement durable reçue en novembre 2023, source : Paris.fr).

Perspective : laboratoire à ciel ouvert pour la métropole

Visiter Clichy-Batignolles, c’est parcourir un paysage en constante réinvention, chaque détail pensé pour composer ensemble écologie, densité et convivialité. Le quartier anticipe de près d’une décennie nombre de prescriptions réglementaires françaises et européennes : neutralité carbone, quotas de logements abordables, sanctuarisation des sols urbains, mobilité bas carbone…

Clichy-Batignolles n’est pas une utopie. C’est un morceau de ville qui, à force de recherche et d’ajustements, balise un futur désirable et vivable, où la ville ne s’oppose plus à la nature, ni à la vie de quartier. Un pari qui, sous le regard curieux de tout le Grand Paris, continue d’avancer à petits pas… mais dans la bonne direction.

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