Le Centquatre : moteur et miroir de la vie culturelle du nord-est parisien

Via le Grand Paris TV

Un projet urbain devenu icône culturelle

Le Centquatre ou 104, niché dans le 19e arrondissement au 104 rue d’Aubervilliers, ne ressemble à aucun autre lieu culturel parisien. L’idée de transformer les anciennes pompes funèbres municipales – un site de 39 000 m2 – en laboratoire artistique est née dans les années 2000, comme réponse à la nécessité d’offrir au nord-est parisien un équipement à la hauteur des grands établissements du centre et de l’ouest intramuros (Le Monde, 2008).

Ce projet d’envergure, ouvert en 2008, ne devait pas seulement abriter des expositions : il a été pensé comme un cœur battant et perméable à la vie du quartier, espace de production, de diffusion, mais aussi d’appropriation, pour des habitants dont beaucoup étaient peu familiers des institutions culturelles traditionnelles.

Une programmation multiple, inclusive et évolutive

Difficile de définir le 104 tant la programmation y est variée : art contemporain, concerts, spectacles de danse, lectures, performances, marché de créateurs, parcours pour enfants, ateliers d’initiation, résidences d’artistes, incubateur pour start-ups créatives – tout cela dans un seul bâtiment (Sources : Site officiel Le Centquatre-Paris). Ce choix d’éclectisme assumé fait la singularité et l’attractivité du lieu :

Un lieu ressource pour les habitants du 19e et au-delà

La vocation du 104 n’est pas de s’adresser seulement à un public averti, bien au contraire. Le site est conçu pour s’ouvrir à la vie quotidienne : on y vient jouer au ping-pong, réviser dans l’espace de coworking gratuit, boire un café, laisser les enfants s’élancer sur la piste de danse ou discuter avec des artistes en résidence.

Un paquebot dans un archipel en mutation

Le nord-est parisien, longtemps vu comme “zone” périphérique, voit depuis quinze ans émerger de nouveaux acteurs culturels. Mais le 104 conserve une place particulière, à la fois point d’ancrage et moteur d’une constellation :

Ce maillage d’initiatives, associatives ou institutionnelles, contribue à faire des 18e, 19e et 20e arrondissements des espaces de création très dynamiques. Selon ParisInfo, le 19e concentre à lui seul 16% des nouvelles salles de spectacle créées à Paris depuis 2010.

L’impact sur le tissu urbain et social

Création, transmission, rencontres : le 104 comme fabrique du commun

Ce qui frappe au 104, c’est l’intention profonde de créer un lieu où le croisement des publics n’est pas une façade. Sur les grandes allées, les “curieux du dimanche” côtoient danseurs hip hop en entraînement libre, touristes perdus ou étudiants en “bootcamp” artistique.

Le 104, c’est aussi le seul grand établissement culturel public parisien à intégrer, depuis sa création, un incubateur permanent pour jeunes entreprises artistiques et culturelles (104factory). En une décennie, plus de 150 start-ups y ont été accompagnées, dans le jeu vidéo, la scénographie immersive, l’artisanat créatif ou la culture numérique (Source : 104factory.fr).

Portraits croisés d’usagers

Quelques chiffres et faits marquants

Le 104, un modèle en délibéré perpétuel

Au fil des ans, le 104 fait figure de laboratoire urbain à ciel ouvert plus que de simple scène culturelle. Sa gouvernance, complexe et toujours en ajustement, doit sans cesse jongler avec les attentes locales, les injonctions budgétaires, et l’ambition de rester un “tiers lieu” habité et ouvert.

Le sociologue Luc Gwiazdzinski (Université Grenoble-Alpes), qui a travaillé sur les “tiers-lieux” culturels, rappellait en 2022 : “Le 104 n’est ni un centre d’art classique, ni une simple maison de quartier. C’est une fabrique à usages multiples, et c’est ce qui fait son ancrage et ses défis.” Entre soutien à la jeune création, accueil du tout-venant, élévation de la vie culturelle locale et défense d’une mixité réelle, l’équilibre reste fragile – et sans doute passionnant à observer.

Ouverture : à l’écoute des nouvelles dynamiques du Grand Paris

Le nord-est parisien continue sa mue, tiraillé entre l’ancien et le neuf, les inégalités et les potentiels. Le 104 s’impose comme un point de repère, autant qu’un révélateur. Les questions qui traversent ce grand vaisseau – vivre ensemble, accès à la culture, fractures urbaines, hybridation des usages – sont au cœur du Grand Paris d’aujourd’hui. Les prochains défis ? Renforcer l’accessibilité, continuer d’inventer de nouveaux formats, et peut-être, inspirer d’autres quartiers à suivre ce pari collectif.

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