Roissy-Pays de France : le cœur en mouvement du Grand Paris productif

01/02/2026

Un territoire moteur sous les radars

Dans la cartographie mentale du Grand Paris, on pense souvent à la Défense, à Saint-Denis ou à la Plaine Commune. Pourtant, depuis plusieurs années, une autre pièce maîtresse contribue quotidiennement à la vitalité du territoire : la zone d’activités Roissy-Pays de France. Regroupant pas moins de 42 zones d’activités économiques, réparties sur 42 communes du Val-d’Oise et de Seine-et-Marne, l’agglomération Roissy-Pays de France ne cesse de repousser les frontières urbaines.

Avec la présence de l’aéroport Charles-de-Gaulle (CDG) comme catalyseur depuis les années 1970, le territoire s’est constitué en périphérie de Paris, faisant émerger un tissu économique unique en France. Roissy-CDG, 1er aéroport français, c’est près de 80 000 emplois directs et un flux annuel de plus de 57 millions de passagers (chiffre 2023, Groupe ADP). Mais la singularité de Roissy-Pays de France ne se résume pas à ses pistes bitumées et à un ballet d’avions. Zoom sur un écosystème en mutation, entre logistique XXL, nouvelles formes urbaines, initiatives locales et reflux des stéréotypes.

Le Grand Paris, un accélérateur d’évolutions pour Roissy

Longtemps considérée comme une « banlieue industrielle », la zone connaît une recomposition urbaine profonde, notamment sous l’impulsion du Grand Paris Express. L’arrivée, prévue à l’horizon 2027-2030, de la ligne 17 du métro automatique va relier le territoire à la Défense, à Saint-Denis Pleyel puis à Paris, mais aussi à la future Cité scolaire internationale et au Parc des Expositions de Villepinte.

Quels enjeux ? Mieux connecter les travailleurs (80 % viennent de l’extérieur du territoire, selon l’INSEE), réduire l’usage de la voiture, attirer de nouveaux habitants et intensifier la mixité urbaine. Un point clé, car aujourd’hui, Roissy-Pays de France est l’un des principaux bassins d’emplois de France mais demeure faiblement résidentiel. Plusieurs grands projets urbains émergent dans le sillage des gares du Grand Paris, comme « Roissy Nord », « Plaine de France », ou le futur quartier du Mesnil-Amelot.

Chiffres-clés de la mutation

  • Plus de 25 000 entreprises présentes sur la communauté d’agglomération (source : CA Roissy-Pays de France)
  • 1,4 millions de m2 de surface logistique créés entre 2016 et 2022 (GIE Paris-CDG Alliance)
  • Près de 1,2 milliard d’euros d’investissements programmés autour du Grand Paris Express à l’horizon 2030 (source : Société du Grand Paris)

Un pôle logistique et industriel en pleine réinvention

Roissy-Pays de France, c’est surtout l’arrière-cuisine de la métropole. Sa logistique est tentaculaire : cinq grands parcs d’activité à Gonesse, Tremblay-en-France, Mitry-Mory, Mesnil-Amelot ou encore Le Thillay, des entrepôts Amazon ou FedEx, des hubs douaniers, des zones d’activités mixtes mêlant agroalimentaire et industrie légère.

  • Avec l’aéroport, la plateforme de fret de Roissy est la 1re de France et la 2e d’Europe avec 2,2 millions de tonnes traitées/an (source : DGAC)
  • La zone concentre de grands noms de la logistique (Geodis, DHL, STEF) mais attire aussi des PME innovantes spécialisées dans la tech, la santé ou l’agro-business

Depuis la pandémie et la généralisation du commerce en ligne, la demande de surfaces logistiques explose. De nombreux entrepôts “dernière génération”, à haute performance énergétique, fleurissent sur le plateau de Gonesse ou près de Louvres. Plusieurs data centers s’installent à proximité des réseaux de fibre optique déployés le long des lignes du Grand Paris Express. Cette dynamique ne va pas sans tension foncière, ni sans débats sur l’artificialisation des sols ou la saturation du trafic poids lourds.

Roissy-Pays de France, laboratoire d’urbanité ?

Depuis quelques années, les pouvoirs publics cherchent à dépasser l’image de l’aéroport-ville-dortoir. De nouveaux quartiers se dessinent, inspirés de la “ville du quart d’heure” : mixité fonctionnelle (logements, bureaux, commerces), mobilités douces, aménagements paysagers, ilots de fraîcheur et circuits courts alimentaires. Quelques exemples emblématiques :

  • Le quartier Gare Gonesse Triangle : conçu par l’architecte Christian Devillers, il vise à héberger près de 10 000 habitants autour de la future gare du Grand Paris, tout en intégrant un parc agricole urbain et une offre commerciale de proximité.
  • EuropaCity (projet abandonné en 2019) : ce mégaprojet porté par Auchan et Wanda a laissé la place à un “Cluster des mobilités” à Gonesse, tourné vers la recherche, l’économie circulaire et la production agricole locale. (source : Société du Grand Paris, 2023)
  • Plaine Oxygène : à Tremblay-en-France, ce quartier émergent intègre 2000 logements, un bassin d’emplois tertiaires, des crèches et une nouvelle promenade urbaine.

Dans ce mouvement, plusieurs communes auparavant secondaires prennent un virage urbain fort : Louvres, Villiers-le-Bel, Le Thillay expérimentent l’agriculture urbaine, la création de collectifs d’habitants interculturels, la greffe de tiers-lieux sur d’anciennes zones industrielles.

Déplacements et mobilités : la révolution annoncée du Grand Paris Express

L’arrivée de la ligne 17 va bouleverser la mobilité du secteur. Une mutation urgente, car aujourd’hui encore, près de 70 % des trajets domicile-travail se font en voiture individuelle (source : INSEE, 2021).

  • La ligne 17 : de Saint-Denis Pleyel à l’aéroport CDG en moins de 25 minutes (contre près de 90 minutes en RER B et bus aux heures de pointe actuellement)
  • Intermodalité renforcée : La gare Gonesse Triangle devient un hub avec correspondances vers les lignes 16, 14 (Gare de l’Est), bus express, vélos et navettes autonomes expérimentées sur certains tracés
  • Montée en puissance du vélo et des mobilités douces : 40 km de pistes cyclables nouvelles programmées, développement de covoiturage “de chantier” pendant la construction du métro puis de plateformes de partage (initiatives Roissy Pays de France Mobilités)

Quels enjeux sociaux et environnementaux ?

Le défi ici : réussir une croissance inclusive et soutenable. Car si Roissy-Pays de France attire, ce n’est pas sans paradoxes : taux de chômage des jeunes supérieur à la moyenne francilienne, poches de précarité (23 % de la population sous le seuil de pauvreté à Sarcelles, source INSEE), faibles taux de diplômés, proximité de quartiers prioritaires et tensions sur le logement familial.

Les élus locaux (comme le président de la CA Patrick Renaud ou la maire de Mitry-Mory) appuient l’idée d’une redistribution des retombées économiques : création d’emplois locaux (plus de 5000 jeunes formés chaque année via la Cité des Métiers), construction de logements abordables, relance de l’apprentissage, implication renforcée des entreprises du secteur dans l’économie sociale et solidaire (exemple : club FACE Paris-CDG, chantiers d’insertion).

Sur le front environnemental, l’accent est mis sur la préservation des terres agricoles (avec la Ferme urbaine de Gonesse, le Parc agricole de Mitry), la gestion de la qualité de l’air (procédures ICPE renforcées autour des entrepôts), le déploiement d’énergies renouvelables (panneaux solaires en toiture, récupération de chaleur industrielle). En 2022, la “charte Roissy Durable” lancée par l’Agglomération engage les nouveaux projets à viser au moins 40 % de surfaces végétalisées et limite le bétonnage des espaces naturels sensibles.

Un territoire aux multiples visages, symbole des marges du Grand Paris

Roissy-Pays de France, c’est un kaléidoscope social, économique et urbain. Son histoire industrielle, la diversité de ses habitants, la coexistence d’un monde aéroportuaire hyper-connecté et de villages agricoles préservés en font un territoire singulier, encore faiblement reconnu dans l’imaginaire collectif. La transformation en cours impose de dépasser les clichés : zone d’emplois, mais aussi d’habitat, pôle d’innovation, mais aussi espace de transitions écologiques et de rencontres entre les cultures.

C’est là sans doute le principal enjeu du Grand Paris – dessiner une métropole où la diversité des espaces, des usages et des parcours de vie se traduit par une plus grande résilience collective.

Si l’expansion de Roissy-Pays de France questionne parfois, elle ouvre aussi la voie à des expérimentations inédites en matière d’urbanisme, de gouvernance et de solidarités. Le défi : transformer la zone d’activités en une véritable agglomération productive et vivante, où cohabitent les flux mondialisés et les initiatives du quotidien. Une ville en mouvement perpétuel, laboratoire d’un Grand Paris plus polycentrique, inclusif et inventif.

Sources principales : CA Roissy-Pays de France, Groupe ADP, INSEE, Société du Grand Paris, Paris-CDG Alliance, DGAC, Ville de Gonesse, France 3 Île-de-France, Le Parisien, La Gazette du Val d’Oise.

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